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J'ai
dessiné et construit beaucoup d'aéroports.
J'ai en particulier travaillé de manière ininterrompue,
pendant trente ans, à la conception et au développement
de l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle à Paris.
Revenir
toujours sur le même sujet, devenir "un spécialiste",
c'est d'abord une école de sérieux et d'humilité.
Le retour permanent du même problème exigeant éclaire
beaucoup sur ce qu'est l'architecture, sur la nécessité
pour elle de se fonder dans l'usage et la fonctionnalité
autant que dans la technique et la construction et sur la nécessité
plus grande encore de dépasser les unes et les autres,
pour exister dans le domaine de l'intelligence et de l'art.
Faire
un aéroport, c'est, au delà des questions fonctionnelles,
rencontrer beaucoup des problèmes de la modernité
et, parce qu'il est impossible d'échapper à leur
difficulté par des réponses toutes faites,
trop rapides ou trop complaisantes, prendre l'habitude
de les reconnaître dans tous les projets et
de les affronter.
Ce
que sont les rapports d'une culture locale spécifique
avec la culture technique universelle, l'enracinement dans un
sol, l'attachement au paysage, la résonance entretenue
des formes dans l'histoire, ce que deviennent aujourd'hui
les notions
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de limites, de frontières et de
passage, le travail sur un aéroport impose d'y réfléchir.
Mais le travail sur un stade ou sur un opéra ne pose
pas à vrai dire d'autres questions.
Ce
que je cherche dans tout projet, c'est sa cohérence interne
et son intelligibilité, mais en même temps sa relation
avec ce qui l'entoure. Chaque projet me semble un monde clos
et complet, et, dans le même temps une partie seulement
d'un ensemble plus vaste qui peut être lié au lieu
physique, le site, plus généralement l'environnement,
mais souvent aussi à un ensemble que la pensée
seule reconstruit à partir d'éléments épars.
C'est ainsi que je pense souvent aux projets que j'ai abordés
comme aux éléments détachés du corps
éclaté de la ville.
Une
autre idée motrice de mon travail est celle que tout
ouvrage vivant sort incomplet des mains de l'architecte et qu'il
faut le confier aux éléments, à la lumière,
au vent, à l'eau, pour qu'il s'achève. C'est une
idée qui n'a pas cessé de s'amplifier chaque fois
que j'ai réfléchi à ce qui s'était
mis en uvre dans mes projets, depuis l'espace central
de la première aérogare de Roissy, ouvert à
l'inattendu des tapis roulants et à la modification incessante
de l'eau, jusqu'aux projets récents qui intègrent
à leurs tracés ceux de la lumière naturelle,
ou dont la forme ne s'achève que dans un reflet fragile
et fugitif.
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C'est
dans cette perspective que s'inscrit mon travail sur la lumière
dans les derniers projets d'extension de l'Aérogare 2
de Roissy, du Musée Maritime d'Osaka ou du Gymnase de
Canton. La légèreté des structures et la
transparence m'intéressent et je m'attache à régler
avec beaucoup de rigueur et de vérité tous les
détails de la construction. Mais le plus important pour
moi c'est l'espace lui-même, sa structure, sa limite que
définit la matière en s'opposant à la lumière
ou en se fondant en elle. C'est pourquoi j'ai toujours évité
de m'enfermer dans les limites d'un style ou d'une attitude
: chaque projet suscite une démarche et une recherche
particulières, qui lui sont liées mais dont tous
les suivants tirent profit.
De
ce point de vue, le Grand Théâtre National de Chine
à Pékin, venant après deux autres ouvrages
importants en Chine ouvre un nouveau champ à mes recherches.
Paul
Andreu
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