Paul Andreu

Paul Andreu, architecte, ingénieur, écrivain et peintre, est mort à Paris le jeudi 11 octobre 2018.

Il n'avait que 80 ans.

Celui qui fit « beaucoup d'aéroports » livre à 36 ans sa première œuvre majeure, Roissy 1, en 1974. Sa géométrie circulaire va marquer, pour longtemps, la conception des terminaux du monde entier.

Cet extraordinaire bâtisseur de grands projets est ensuite appelé, après avoir conçu nombre d'aéroports aux quatre coins de la planète, à achever la Grande Arche de la Défense. Il donne ainsi corps au fantastique bâtiment d'Otto von Spreckelsen.

Cet infatigable voyageur donne naissance dans la foulée à des œuvres nombreuses et variées, dont l'Opéra de Pékin est une apothéose. La Chine lui apporte alors une forme de consécration.

Paul Andreu fut un artiste complet, qui se livra avec ferveur à la pratique de l'architecture avec le talent que l'on sait, mais aussi, ce que l'on sait moins, à la littérature et à la peinture.

Son travail d'écrivain de récits comme d'ouvrages plus professionnels est remarquable.

Sa production picturale de ces dernières années, empreinte d'influences chinoises,

fut sa dernière passion créatrice.

Jamais loin de l'architecture, toujours épris d'esthétique, il s'était rapproché de celle des mathématiques qu'il pensait supérieure à toute autre.

Il était depuis 1996 membre de l’Académie des beaux-arts de l’Institut de France.

Il nous laisse une œuvre magistrale dont l'énumération serait fastidieuse, et une citation de Lao-Tseu :

« Le but n’est pas seulement le but, mais le chemin qui y conduit ».

Biographie : Paul Andreu est né le 10 juillet 1938 à Bordeaux. Il y a vécu un peu plus de vingt ans avant d’intégrer successivement le Lycée Louis-le Grand, l’Ecole Polytechnique, l’Ecole des Ponts et chaussées et l’Ecole des Beaux-Arts. Cette longue période d’études lui a permis d’acquérir deux diplômes, l’un d’ingénieur et l’autre d’architecte* mais, au-delà s’est développé en lui un double intérêt, jamais éteint, pour tous les domaines scientifiques et artistiques.

Il a travaillé quarante ans aux Aéroports de Paris, comme architecte en chef de l’Aéroport Paris Charles de Gaulle, puis chargé des études et des travaux pour l’ensemble des ouvrages dont Aéroports de Paris avait la charge, à Paris, en France, dans le monde.

Tout ce qu’il a fait alors n’avait qu’un but : non pas produire de l’architecture, mais être architecte. Un but dont Paul Andreu s’est rapproché davantage par la passion, le désir et le travail que par les diplômes ou les distinctions académiques. Il a construit l’essentiel des bâtiments de l’Aéroport Charles de Gaulle, quelques aérogares en France, beaucoup d’autres à l’étranger, à Abu Dhabi, Jakarta, Le Caire, Dar-es-Salam, Shanghai, etc. Des bâtiments sans référence fonctionnelle historique mais qui sont des lieux de passage, symboliques et singuliers, des ombilics.

Mais Paul Andreu a conçu également d’autres bâtiments, le Musée maritime d’Osaka, un complexe sportif à Canton, l’Oriental Arts Center à Shanghai et, le plus important de tous, au centre même de la ville, l’Opéra de Pékin… Il a séjourné et travaillé longtemps en Chine, tout en terminant en France la Cité Municipale de Bordeaux, sa ville natale.

Ces activités d’architecte lui ont certes apporté une reconnaissance internationale, mais n’ont pas comblé son désir d’ouverture.

Aussi il a commencé à écrire, réveillant un désir très ancien étouffé par le manque de temps. Il a publié des ouvrages sur sa pratique d’architecte, Le roman d’un chantier sur l’Opéra de Pékin et Archi-mémoires. Mais aussi plusieurs romans, dont le dernier Kaléidoscope, texte polyphonique et destinal terminé en août 2018, juste avant sa mort. Parallèlement Alma éditeur publie en 2021 Faire et refaire, recueil d'essais composé à partir d'une cinquantaine de textes, où il est question d'architecture, mais aussi de culture, de paysage, de mathématiques, de passé et de futur, de développement et d'intériorité, d'écriture et de peinture. De la vie, dans son évidence et sa diversité.

Depuis 2011, explorant différentes techniques, Paul Andreu a développé une activité picturale importante, qui a fait l’objet de plusieurs expositions en Chine (Shanghai en 2011, Canton en 2015, Pékin en 2017 et 2019 à Yishu8) avant d’être présentée pour la première fois en France à la Galerie Eric Dupont en septembre 2021.

 

*Paul Andreu était polytechnicien, Membre de l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France, Grand-croix dans l’ordre national du mérite.

Parmi ses distinctions : le Grand Prix National d'Architecture (1977),  le Prix Aga Khan d’Architecture (1995) ou encore le Grand Prix du Globe de Cristal de l’Académie Internationale d’Architecture (2006).

« La liberté n’est jamais donnée - des autres on ne reçoit que des permissions -, il faut la conquérir, avant tout la trouver en soi, la maintenir comme un feu capricieux toujours prompt à s’éteindre »

Paul Andreu,

Faire et refaire

(Alma éditeur)